1917 |

1917-019

Guy de Place

Mardi 3 avril 1917

Lettre de Guy de Place (mobilisé) à M. Meng (Fellering)

Mardi 3 avril 1917

Mardi 3 avril 1917

Mardi 3 avril 1917

Mardi 3 avril 1917

Mardi 3 avril 1917

Mardi 3 avril 1917

Reçu le 9.4.1917
Répondu le 17 Av
ril 1917
19 Av
ril 1917

Le 3-4-17

Mon cher Monsieur Meng,

Je vous retourne avec quelques modifications le projet de tableau que vous m’aviez soumis : pour plus de simplicité je l’ai refait entièrement au verso.

Est-ce exprès que vous aviez rayé la colonne Pièces arriérées ? Si elle est inutile vous la supprimerez à nouveau. Si elle conserve sa raison d’être vous prendrez vos dispositions pour maintenir au bas de la section A) la note explicative que j’y ai mise. Il est inutile de reproduire le détail du total C, le séquestre n’a qu’à se reporter s’il le désire aux factures qu’il a entre les mains.

Par contre je suis finalement d’avis qu’il faudra lui remettre le détail complet par client des factures dont les totaux seront reproduits dans les colonnes A et B. Sans quoi il y a des chances pour qu’il n’accepte pas ces factures. Il n’est pas dit d’ailleurs que même détail en mains il les accepte. Nous allons toujours essayer.

Créance Mautter. Il est évidemment tentant de la rembourser au cours actuel quoique d’autre part il soit ennuyeux de débourser de l’argent. Toutefois je ne voudrais pas vis-à-vis des héritiers Mautter avoir l’air de vouloir les étrangler et abuser de la situation en les obligeant à accepter le remboursement à ce jour : voici donc ce que je vous demande de faire : vous allez entamer la conversation sur ce chapitre avec M. Meyer. Si celui-ci demande le remboursement immédiat nous le ferons de suite [ ] cours du jour. Si M. Meyer manifeste le désir que ce remboursement se fasse plus tard (à un cours meilleur), alors seulement vous lui direz que vous m’en avez parlé, que je vous ai dit ne vouloir abuser de la situation mais ne vouloir pas non plus en être dupe. Il ne faudrait pas qu’à un moment donné les héritiers Mautter puissent exiger le remboursement qui pourrait à ce moment-là nous gêner. Il faudrait passer un acte notarié par lequel nous resterons seuls juges après la guerre de fixer l’époque du remboursement, étant entendu que nous nous engagerons à ne pas exiger imposer le remboursement pendant la guerre et pendant les 6 mois qui suivront la date de signature du traité de paix, les héritiers Mautter ne pouvant plus en aucun cas, ce délai passé, ni l’exiger ni le refuser ni l’exiger dans un délai [inférieur] à 5 ans.

Quand le travail de relevé de facture en train pour le séquestre sera terminé, je vous demanderai de m’établir la liste complète de tous les bénéficiaires actuels, employés, ouvriers ou contremaîtres, de traitements, salaires ou secours. Dans une colonne vous indiquerez je vous prie le salaire avant la guerre. Dans une colonne observations, si l’employé ou ouvrier travaille chez nous, s’il travaille ailleurs, dans la vallée ou en France ; s’il s’agit de femme, si le mari est mobilisé ou non, éventuellement les charges de famille, en somme tous les renseignements qui ont motivé le maintien d’un secours, cela particulièrement pour le cas qui pourrait se présenter d’ouvriers valides ne montrant pas une très grande bonne volonté à travailler ou chercher du travail.

Dans le même ordre d’idée je vous demanderai de vouloir bien faire entendre à la femme [Uttenweiler] que la prolongation de la guerre ne me permettrait pas de continuer indéfiniment la mensualité que je lui sers depuis 3 ans bientôt. Je n’ai pas voulu y toucher en hiver mais je vous prierais de l’informer qu’à partir du mois de Juin le taux actuel de cette mensualité sera réduit de moitié. M. Siegel m’a écrit pour me demander une augmentation. [Je] sais qu’il a une nièce à sa charge, mais [il] ne me semble pas être dans la catégorie des chargés de famille. Veuillez lui dire que je lui répondrai quand j’aurai en mains l’état demandé ci-dessus qui me permettra de juger par comparaison.

Je comprends parfaitement que le ministère de la guerre doive utiliser les matériaux disponibles, mais je ne comprends pas très bien la manière de procéder : d’après ce que vous me dites, c’est à nous de vendre au mieux. Ce n’est pas par réquisition que l’enlèvement de machines ou ferraille se fera. Dans ces conditions à un moment donné en présence de l’évaluation de nos dégâts, la commission d’évaluation pourra toujours nous dire que nous avons vendu nos déchets ou machines abîmées trop bon marché, que d’après les photographies ça valait plus, et que dans le décompte de l’indemnité à nous verser on attribue aux matériaux de démolitions une valeur supérieure à celle qui résulte de la vente. En présence d’une réquisition, qui est le fait du prince, cet argument ne pourrait nous être opposé par l’Etat, chargé après la guerre de nous indemniser.

On nous dit de vendre nos matériaux, mais rien ne couvre ma responsabilité vis-à-vis des actionnaires. Il faudrait exposer cette situation au contrôleur et lui dire que pour me couvrir il faudrait en réalité une réquisition. On nous impose de vendre dans la vallée ; qui me dit qu’on ne m’objectera pas plus tard qu’à Paris ça valait davantage. En réalité il faudrait que ce soit l’Etat qui réquisitionne dans les règles, et revende pour son compte ou pour le nôtre. Pour le charbon celle question ne se posait pas puisque là il n’y avait pas d’évaluation de dégâts à faire plus tard : nous avons vendu notre charbon et n’avons plus tard aucune indemnité à réclamer à ce sujet à l’état : la question était toute différente. Veuillez vous renseigner auprès de la fabrique Kestner pour savoir comment on a fait pour se mettre à l’abri d’objections futures.

Telle que vous m’exposez la chose nous n’avons entre les mains aucun papier nous permettant de prouver que nous avons dû nous défaire [] de machine, ferrailles etc. et aucun papier nous permettant de prouver que nous permettant de prouver nous avons tout fait pour réduire notre perte au minimum. Cette manière de faire n’est pas admissible. Je crois à part moi qu’une vente à l’amiable nous rapporterait actuellement plus qu’une réquisition ; mais l’état qui aura réquisitionné ne pourra jamais nous faire aucun reproche. Notre responsabilité sera à couvert pour le décompte de l’indemnité. Je tiens à être couvert. Exposez cela au contrôleur tout en lui disant que ce que je cherche c’est une procédure que personne ne puisse me reprocher et qu’il n’est pas du tout dans mon esprit de faire une opposition au fait même de la mise à la disposition des maires de ce qui peut être nécessaire à la défense nationale.

A la hâte, cordialement à vous.

GP


Notice bibliographique

D’après l’original


Pour citer ce document

Guy de Place, «Mardi 3 avril 1917», correspondancefamiliale [En ligne], 1910-1919, Correspondance familiale, 1917,mis à jour le : 30/04/2015

Danièle Poublan

Cécile Dauphin

Centre de recherches historiques
EHESS
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F-75006 Paris