1918 |

1918-131

Guy de Place

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Note de Guy de Place (mobilisé) aux chefs de service : MM. Meng, Zwingelstein, Meyer, Hochstetter et Wallenburger (Fellering)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Mercredi 13 novembre 1918 (B)

Répondu le 25 Novembre 1918

le 13 Novembre

Note pour MM. Les Chefs de service
(MM. Meng, Zwingelstein*, Meyer*, Hochstetter et Wallenburger*)
* Communiqué par copie

En présence des événements qui se précipitent et en présence du grand changement dont nous nous réjouissons tous, je veux vous dire tout d’abord combien ma pensée a été avec vous dans ces derniers jours ; à quelques heures près, j’aurais pu vivre avec vous cette semaine dont les conséquences pour nous tous sont si joyeusement importantes, et effaceront le souvenir des souffrances passées. Mais il importe maintenant plus que jamais de songer à l’avenir, et de nous mettre tous au travail avec ardeur et confiance pour reconstruire tout ce qui a été détruit et grouper de nouveau autour de nous toute notre population ouvrière. C’est à nous de lui donner l’exemple du courage pour rebâtir les usines et ramener la prospérité de notre vallée. Dans cette tâche nous avons tous besoin les uns des autres ; je sais que je puis compter sur vous ; je vous en remercie ; aujourd’hui les paroles doivent céder la place aux actes ; je vous demande donc de vous mettre de suite à l’étude de ce qui nous incombe à chacun.

Tout d’abord il y aura sans doute dans la vallée de gros mouvements de troupe, de la circulation plus que précédemment et peut-être cherchera-t-on à installer à Vieux-Thann des cantonnements de l’arrière. Dans l’état où est l’usine elle ne résisterait pas à ce régime : il est essentiel de se mettre en relations avec l’administration et les autorités militaires pour obtenir qu’aucune troupe ne vienne dans la fabrique. Vous exposerez que nous avons l’intention de reconstruire rapidement, que nous demandons à ne pas en être empêchés par la présence des armées, et à ce que nos dégâts ne soient pas encore augmentés par les dégradations inhérentes à la présence des troupes. Il faut vous préoccuper de fermer l’usine, y maintenir un garde sérieux jour et nuit. Enfin il faut avoir dès à présent à Vieux-Thann un représentant capable de discuter avec n’importe qui et de traiter toute question avec autorité. Il y a donc lieu de faire immédiatement dans celui de nos logements qui est le moins abîmé, les réparations de toiture permettant à l’un d’entre vous de s’y installer le plus rapidement possible, en attendant que les autres puissent l’y rejoindre. Au besoin  aménager la maison Mertzdorff (ancien presbytère). Si il n’y a plus aucun meuble dans la maison de M. Jaeglé actuellement, je ne vois pas d’inconvénient à ce qu’on y prépare un petit appartement. Pour le moment c’est M. Meyer qui me paraît le plus indiqué pour, comme la colombe, apporter [ainsi à] Vieux-Thann le rameau de la Paix et vous servir d’avant-garde. Il préparerait ainsi pour nous tous le cantonnement et au fur et à mesure des possibilités chacun de vous irait l’y rejoindre, donnant ainsi à la population l’exemple du retour. Si je propose M. Meyer plutôt que M. Zwingelstein (pour s’installer complètement) c’est en partie parce que celui-ci peut être souvent retenu à Bitschwiller par les affaires de mairie et par les besoins de la population. Les installations ne seront peut-être pas très confortables mais je ne mets pas en doute que le plaisir de vous retrouver à Vieux-Thann ne vous fasse oublier et trouver légères les petites misères de ce genre.

Bien entendu ne faire aucune réparation sans avoir fait constater les dégâts, sans qu’il soit possible de constater1 après coups la réparation et sa valeur. Il n’est pas question naturellement de peinture ou tapisserie.

Pour ce qui est de mon appartement, commencer le gros œuvre : remettre les poutres, les cloisons comme elles étaient, et nettoyer.

(Il va nous falloir au moins deux chevaux dont un qui puisse trotter. Que M. Meyer écrive [ce jour] à Ernest pour savoir si on en trouve encore dans cette région.)

Ce qui reste du bureau est très suffisant pour la première réinstallation et  y transporter le jour venu ce qui est à Wess Fellering.
Je rappelle à M. Zwingelstein le rapport de Wilb sur ce qu’il a vu d’intéressant à W2.

D’accord avec Wallenburger M. Zwingelstein étudiera le plus vite possible :
1° un plan de remise en route provisoire rapide, blanchiment, apprêts et rames avec indications de délais.
2° un plan ce reconstruction des magasins, rames, etc. Bien entendu il ne s’agit pas d’un plan d’exécution, ni d’un plan des bâtiments, mais il s’agit d’une répartition sur le terrain, et surtout de l’étude de la combinaison des machines sur les nouveaux emplacements, particulièrement aux rames, de telle sorte qu’il n’y ait plus les terribles trimballages d’autrefois. La machine à apprêts, des [calandres] etc. à proximité des rames. Prévoir au besoin de la [voie] de 60 d’un atelier à l’autre. Rechercher la marche rationnelle. Pour les rames A. [Burgunder] on pourra aussi y réfléchir.

Tout cela est de la besogne immédiate. Il faut prévoir le plus possible pour ne pas être arrêté par des tâtonnements plus tard. Ne pas craindre de me présenter 2 ou 3 projets avec un ordre de préférence. Nous ne devons plus avoir en vue que notre résurrection et il ne faut plus songer qu’à cela.

S’assurer si possible dès à présent, c à dire la main d’œuvre (maçons, manœuvres) dont nous aurons besoin. Ça ne veut pas dire de les prendre maintenant à notre service, mais de rechercher dès à présent des amateurs de manière à savoir où s’adresser le moment venu.

Le temps ne me permet pas de vous en dire davantage pour aujourd’hui. Cordialement à tous.

G. de Place

Notes

1 Contester ?

2 Wesserling ?


Notice bibliographique

D’après l’original


Pour citer ce document

Guy de Place, «Mercredi 13 novembre 1918 (B)», correspondancefamiliale [En ligne], 1918, Correspondance familiale, 1910-1919,mis à jour le : 07/12/2016

Danièle Poublan

Cécile Dauphin

Centre de recherches historiques
EHESS
54 boulevard Raspail
F-75006 Paris