1881 |

1881-019

Marie Mertzdorff (épouse de Fréville)

Lundi 11 avril 1881

Lettre de Marie Mertzdorff (épouse de Marcel de Fréville) (Paris) à son père Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

Lundi 11 avril 1881

Lundi 11 avril 1881

11 Avril 81 Lundi

Mon cher Papa,

Je veux que mes premiers pas soient faits pour aller vers toi ; je viens d’arriver dans mon petit salon1, tu vois que c’est un grand progrès et je saisis cette horrible feuille de papier qui me tombe sous la main pour venir t’embrasser, te dire que je pense beaucoup à toi et t’annoncer que ma fille2 et moi nous continuons à nous porter à merveille ; aujourd’hui grâce au beau temps, Jeanne a passé une heure dans le jardin et moi je suis depuis le déjeuner dans mon salon près de ma fenêtre toute grande ouverte ; j’admire la jolie verdure et je suis toute à la joie. Si seulement tu étais encore auprès de moi ! mes journées me semblent bien plus longues maintenant et je reste plusieurs heures sans voir personne. Hier cependant j’ai eu une longue visite de tante3 et d’Émilie4 qui ont été rejointes par oncle5 et puis j’ai toujours ma fille qui me tient compagnie, elle tète toujours avec la même ardeur et ses bonnes petites joues se gonflent ; je doute toutefois qu’elle ait changé depuis ton départ.

Ce n’est qu’un petit bonjour que je viens te dire aujourd’hui, mes doigts sont un peu rouillés comme la vieille plume que je viens de retrouver là il y a cependant assez longtemps qu’ils sont au repos. Adieu papa chéri, je t’embrasse de tout mon cœur comme je t’aime.
ta fille
Marie

Mon pauvre pauvre petit Père, comme c’est mal de ne pas aller tout à fait bien et de ne pas nous l’annoncer plus tôt ; nous sommes désolées de te savoir souffrant et surtout de ne pas t’avoir auprès de nous pour te soigner ; y a-t-il longtemps que tu es pris par ce vilain mal ? Ton petit mot de ce matin vient de nous apprendre que tu ne vas pas mieux c’est désespérant mais j’ai peur que les bains d’acide ne soient peut-être pas fameux j’ai peur que ce ne soit bien violent.

Notes

1  Le salon du pavillon de la rue Cassette.

2  Jeanne de Fréville née le 19 mars 1881.

3  Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.

4  Émilie Mertzdorff, sœur de Marie.

5  Alphonse Milne-Edwards.


Notice bibliographique

D’après l’original


Pour citer ce document

Marie Mertzdorff (épouse de Fréville), «Lundi 11 avril 1881», correspondancefamiliale [En ligne], 1880-1889, Correspondance familiale, 1881,mis à jour le : 24/06/2019

Danièle Poublan

Cécile Dauphin

Centre de recherches historiques
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