1795 |

1795-04

André Marie Constant Duméril

Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Paris) à son frère Désarbret (Amiens)

Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III

Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III

Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III

Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III

n°83

Paris 15 Pluviôse an 3 de la république

Mon ami,

Me voilà à Paris ne faisant rien, n'ayant qu'à me promener. Je cours avec Creton et quand j'ai bien marché, que je suis bien las, bien fatigué : que je m'assois, et que je cherche à me rendre compte de ce qui j'ai vu, parce que j'ai eu trop de choses à voir. Jusqu'ici, je n'ai vu que des maisons, des colonnades, des sculptures, des ponts, des hospices, des amphithéâtres, etc. etc. et je reconnais que qui veut trop voir ne voit rien. Auguste1 a reçu une lettre de toi. Mon bon ami, toujours le même toujours bon cœur. Sais-tu que tu mets tant de grâce à faire des offres de service que tu es tentant, pour quand on en aura besoin, nous sommes logés ensemble, mais cherchant à quitter notre chambre. Nous espérions profiter de celle du citoyen Daron : pas du tout, un parent s'imagine qu'il veut nous faire du bien, peut-être il est jaloux et bientôt il s'oppose, ou fait opposer, formellement à la bonne intention du bon invalide, ainsi nous allons travailler sur nouveaux [frais] en faisant en sorte de nous placer dans le faubourg Saint-Germain, qui nous rapprochera tous deux du centre de nos travaux.

J'ai subi avant-hier un examen par devant les professeurs de Clinique interne, médecine légale et clinique externe. Voici mes questions : qu'est-ce que l'air ? Comment prouver que l'air est fluide ? Qu'entendez-vous par gaz azote ? gaz vital ? à quoi sert la respiration ? Qu'est-ce que l'hématose ? qu'entendez-vous par affinité ? par quels états peuvent passer les liquides ? Qu'est-ce que le calorique ? quelle est ma division des insectes ? Quelle est la méthode entomologique de Geoffroy ? pas une question d'anatomie, de botanique, de chirurgie. Quelle en est la raison, je l'ignore, je sais cependant que Fourcroy avait parlé de moi, cela aurait-il suffi ? je te fais passer la note des sciences, qui seront démontrés à l'école ainsi que la liste des professeurs et adjoints. La voici :

Sciences………………………………..Professeurs………….Adjoints
Physique Médicinale ou Hygiène…..Hallé………………..Pinel
Anatomie et Physiologie...…………...Chaussier (Dijon)...Dubois
Pathologie externe………………….Doublet……………..Bourdier*
Matière médicale et Botanique…Peyrilhe……………..Richard
Chimie…………………………………...Fourcroy*…………...Deyeux
Chirurgie opératoire………………..Sabatier……………..Boyer
Accouchement……………………...Alphonse Leroy……..Baudelocque
Médecine légale………………...…..Lassus……………...Mahon*
Clinique interne à la charité……..Corvisart…………..Leclerc*
Clinique externe à l'Hôtel-Dieu….Desault*………..Manoury (mort)
Clinique externe à l’école………....Pelletan…………..Lallement
Conservateur……………………….Thillaye*
Bibliothécaire……………………….Sue L'aîné
Directeur…………………………...Thouret*

___________________________

Je te fais passer cette liste pour deux motifs : le 1er pour que tu connaisses l'étendue de l'instruction. Le second afin que tu puisses m'appuyer de quelques-uns des professeurs. Ceux qui sont marqués d'une étoile n'en ont pas besoin, tu as mandé à Auguste que madame de Choiseul écrivait en ma faveur aux deux professeurs d'accouchement, de quelque part que me vienne cet acte, trouves-en ici le remerciement. Je ne sais si je t'ai mandé qu'on m'avait parlé de me mettre à la tête d'un amphithéâtre. Depuis on m'a parlé de celui de l'école. Je dois voir aujourd'hui le citoyen Thillaye, qui fait pour le directeur, et je les ai tous deux [en amitié]. Je saurai sans doute de quelle note les examinateurs auront apostillé mon nom. Si je le puis, je t'en dirai un mot.

Veuille bien assurer de mon attachement toutes les personnes qui s'enquerront de moi et me conserver la bonne amitié

Constant

P.S. J'aimerais mieux, beaucoup mieux, qu'on voulût bien acheter à Amiens le drap qu'on me destine pour l'habit et la culotte ; ici le drap est plus cher, puis on me tromperait davantage. D’ailleurs quand on voit la qualité on juge mieux tu m'entends.

Notes

1  Auguste Duméril (l’aîné), leur frère.


Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 1er volume, p. 174-177


Pour citer ce document

André Marie Constant Duméril, «Mardi 3 février 1795, 15 pluviôse an III», correspondancefamiliale [En ligne], Correspondance familiale, 1790-1799, 1795,mis à jour le : 23/01/2017

Danièle Poublan

Centre de recherches historiques, EHESS 190-198 avenue de France
F-75013 Paris