1807 |

1807-07

Reine Duméril et André Marie Constant Duméril

Lundi 5 octobre 1807

lettre d’André Marie Constant Duméril et sa sœur Reine (Paris) à leurs parents François Jean Charles Duméril et Rosalie Duval (Amiens)

Lundi 5 octobre 1807

Lundi 5 octobre 1807

Lundi 5 octobre 1807

Lundi 5 octobre 1807

N° 183

Mon cher père,

Reine1 est arrivée en parfaite santé et nous a donné de vos bonnes nouvelles qui nous ont bien réjouis elle m’a remis aussi vos lettres auxquelles je m’empresse de répondre d’abord à vous.

Par circonstance j’ai rendu tout dernièrement un fort grand service au fils de l’un des premiers Commis de la liquidation générale de la dette publique, il m’est venu témoigner sa reconnaissance d’une manière vraiment touchante et m’a prié de le mettre à même de m’être utile pour moi ou pour les miens non seulement par lui mais par les autres chefs que cela pourrait concerner je ne me doutais pas que j’en trouverais si tôt l’occasion. je lui enverrai de fait la note que vous m’avez adressée mais elle n’est pas assez détaillée pour qu’on puisse retrouver de suite cette affaire à ce qu’il me paraît d’ailleurs elle n’est pas convenable puisque vous vous y plaignez des éternelles lenteurs attachées aux opérations ministérielles. ou bien écrivez-moi directement ou faites écrire à M. De Quevauvillers2 afin qu’il me donne les époques de la remise des pièces, leur nombre, leur numéro – les noms des demandeurs – de celui ou de ceux qui ont déposé la somme au trésor. que sais-je moi je ne connais rien aux affaires.

Voici maintenant pour Maman :

je ne suis pas malade : j’ai eu à la vérité un peu de fièvre produite par un Rhume assez violent qui est tout à fait terminé.

Voici l’explication de ma conduite avec Duval3. au lieu de me savoir mauvais gré de mon refus il m’en doit de la reconnaissance. je savais que Caumartin faisait des démarches pour obtenir la place. je dis à Duval que puisqu’il était à Paris il devrait s’occuper de solliciter : qu’il avait tort de penser que les alouettes lui tomberaient ainsi toutes rôties. à cela il me répondit qu’il avait de trop forts droits et que personne n’obtiendrait la place : je lui dis que je savais cependant qu’on la sollicitait. il me pressa de lui faire connaître ce que j’en savais : je lui avouai que je ne le pouvais pas ayant appris cela comme une confidence. il me pria de le conduire chez M. Dejean4. je lui refusai en voici pourquoi :

Le Ministre5 à l’époque où M. Caumartin sollicitait la place que papa a obtenue reçut une visite de M. Petit auquel il avoua que ce M. Caumartin lui paraissait bien jeune, bien léger et même un jeune écervelé, qu’il l’avait vu à l’assemblée électorale : M. Caumartin auquel ce propos avait été reporté crut devoir aller à une audience du général seulement pour se faire voir et reconnaître. le général lui dit de suite qu’il s’était trompé qu’il l’avait confondu avec un autre M. Maressal qui avait fait les fonctions de Secrétaire à l’assemblée électorale. depuis aussi il m’avait parlé de ce secrétaire et il était hors de doute qu’il me parlait de Duval il me fit la-dessus plusieurs questions auxquelles je répondis du mieux que je pus pour ne pas le vendre. vous voyez donc qu’en lui présentant Duval j’aurais fait reconnaître la personne contre laquelle existait le préjugé – voilà mon excuse : vous pourrez le confier à mon oncle6. je laisse la plume à Reine en vous embrassant.

ma chère maman

comme vous le dis constant7 nous sommes arrivés bien portant à neuf heures nous n’avions pas pris le temps de manger pour arriver plus vite, j’ai attendu à l’hôtel qu’on vint me chercher mais ce ne fut pas long. je trouvai tout le monde bien. la petite8 est charmante : elle a fait tout de suite connaissance avec moi. nous quittons a l’instant MM. Bertera et Masset. ils doivent venir dîner mercredi pour aller tous ensemble au jardin des plantes. je ne suis sortie hier que pour Mme Beaurain et revenir au Luxembourg retrouver ma Sœur9. j’ai déjà vu bien du monde mais parce que l’on est venu me voir. j’ai passé la soirée à la maison avec Mmes De candolle, Torras10, Delaroche11 et autres de la famille, plusieurs hommes. dans le nombre était M. Bailly12. il est très laid mais sa conversation m’a beaucoup plu. Sa manière de conter est drôle il paraît que je le verrai souvent, constant va chez le général13 pour M. Salleron ; il espère que la démission sera acceptée. Dites à Mme Salleron que la convalescence ne sera pas demandée. il est heureux que cela n’ait pas été demandé avant mon arrivée car on pense <…>

M. Quevauvillers demeure Rue bon Conseil N° 14

Constant est très fort connu de lui. Lui seul ayant les Titres, est En état de donner les Renseignements les plus Positifs.

La note qui se plaint de la lenteur des opérations ministérielles, lenteurs bien connues, n’a jamais dû passer sous les yeux du ministre, ni de ses bureaux. Elle n’est que pour l’agent.

Annexes

A Monsieur Duméril juge au tribunal criminel

petite Rue St Remi

A Amiens

Notes

1 Reine Duméril, sœur d’André Marie Constant.
2 Antoine de Quevauvillers, oncle d’AMC Duméril.
3 Augustin Duval, cousin d’AMC Duméril.
4 Le général Jean François Aimé Dejean.
5 Il s’agit probablement d’Emmanuel Crétet ministre de l’Intérieur depuis le 9 août 1807.
6 Jean Baptiste Duval.
7 André Marie Constant Duméril.
8 Caroline Duméril (l’aînée), née en mars 1807.
9 Sa belle-sœur Alphonsine Delaroche.
10 Anne Françoise Torras, épouse d’Augustin Pyramus de Candolle et sa mère Anne Gardelle, épouse de Pierre Torras.
11 Marie Castanet, épouse de Michel Delaroche, mère d’Alphonsine.
12 Possiblement M. Bally.
13 Jean François Aimé Dejean.

Notice bibliographique

D’après l’original (il existe également une copie dans le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 3ème volume, p.5-9)


Pour citer ce document

Reine Duméril et André Marie Constant Duméril, «Lundi 5 octobre 1807», correspondancefamiliale [En ligne], Correspondance familiale, 1800-1809, 1807,mis à jour le : 05/09/2008

Danièle Poublan

Cécile Dauphin

Centre de recherches historiques
EHESS
54 boulevard Raspail
F-75006 Paris