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Paris : Maison de santé

Le 31 janvier 1813, André Marie Constant Duméril écrit à ses parents : « j'ai le plaisir de vous annoncer que j'ai été nommé hier à minuit médecin de l'hôpital du faubourg Saint-Laurent dit maison de santé. » Cette Maison de santé est l’un des hôpitaux civils de la ville de Paris.

En 1653 Vincent de Paul crée une maison de santé, faubourg Saint-Laurent (l'actuel faubourg Saint-Martin), pour recueillir gratuitement une quarantaine de personnes âgées de plus de 60 ans. En 1802, les bâtiments passent sous la direction de la ville de Paris. La Maison municipale de santé est un hôpital de 88 lits. Par son prix (1 F 50 à 6 F par jour), moindre que les traitements à domicile, la Maison de santé est accessible à « ceux qui sont entre l’aisance et la pauvreté », comme le note en 1805 un contemporain, l’architecte Nicolas Marie Clavareau dans son Mémoire sur les hôpitaux civils de Paris, qui poursuit : « Placée au milieu de jardins, qui rendent sa situation très salubre, en ayant elle-même un très vaste, qui fournit à ses besoins, offrant aux malades une promenade aérée à proximité de leur salle, pourvue d’une pharmacie, d’une lingerie et d’une salle de bains, cette maison de santé réunit tout ce qu’on peut désirer pour sa destination. » Deux médecins et deux chirurgiens soignent les malades, assistés de quatre élèves chargés des pansements. Le docteur Antoine Dubois inaugure le service chirurgical ; son fils lui succède sous la Monarchie de Juillet : la Maison de santé est souvent appelée « Maison Dubois ». En mai 1816 la maison est transférée rue du faubourg Saint-Denis et devient « Maison royale de Santé », agrandie bientôt d’un pavillon, d’un jardin, d’une chapelle. L’Annuaire général du commerce, de l’industrie et de l’agriculture indique comme directeur de la Maison royale de santé : Bavoil en 1838 et Herbet en 1843.

En 1858, à la suite du percement du boulevard Magenta, l’institution s’agrandit et se transfère un peu plus haut dans le faubourg Saint-Denis. Le Guide parisien d’Adolphe Joanne avertit ainsi ses lecteurs, en 1863 : « Parmi les nombreux établissements de ce genre [les maisons de santé] que renferme Paris, nous signalerons en premier lieu la Maison municipale de santé, rue du Faubourg Saint-Denis, n° 200, dont la création fut confiée, en 1802, au docteur Dubois. Cette maison appartient à l’administration de l’Assistance publique. Elle est destinée aux personnes malades ou blessées qui ne peuvent se faire traiter chez elles, aux étrangers surpris par la maladie pendant leur séjour à Paris, ou à ceux qui veulent recourir à l’expérience et au talent des habiles médecins de cet établissement. La médecine est confiée à M. Vigla, professeur de la Faculté de Médecine ; la chirurgie à M. Monod, professeur de la même Faculté. En outre, MM. les docteurs Andral et Rayer, médecins, Nélaton et Denonvilliers, chirurgiens, sont appelés en consultation dans les cas de maladies ou d’opérations graves. La Maison municipale de santé renferme des appartements composés d’une antichambre, d’un salon et d’une chambre à coucher, au prix de 15 fr. par jour ; des chambres particulières, avec antichambre et cabinet, pour 12 et 10 fr. ; ou sans cabinet ni antichambre pour 8 fr. On peut aussi prendre un lit dans une grande chambre à 2 lits, pour 7 et 6 fr. ; dans une chambre à 3 lits pour 5 fr. et 4 fr. 50 ; dans une chambre à 4 lits, pour 4 fr. Dans ces prix de journée sont compris tous les frais de pansements, de nourriture, de médicaments, de linge et de chauffage, les bains de toute nature, les accouchements et les opérations, ainsi que le traitement des maladies de peau. Les gardes sont à la charge du malade. L’administration fait enfin donner, tous les jours, aux personnes du dehors, des bains de toute nature moyennant une faible rétribution. Les maladies mentales et l’épilepsie ne sont pas traitées dans l’établissement. La Maison municipale renferme 80 lits de médecine et 160 lits de chirurgie. » Le docteur Fernand Widal (1862-1929) y installe son laboratoire ; son nom est donné à l'établissement en 1959.

[D’après Pierre Vallery-Radot, Deux siècles d’histoire hospitalière (Paris, 1602-1836), éditions Paul Dupont, 1947, pages 225 et suivantes]


Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «Paris : Maison de santé», correspondancefamiliale [En ligne], Compléments historiographiques, Monographies, lieux,mis à jour le : 15/03/2016

Danièle Poublan

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