Correspondance familiale | 1820-1829

1824

Dimanche 31 octobre 1824

Lettre de Alphonsine Delaroche (Sceaux) à son mari André Marie Constant Duméril (Amiens)

Dimanche 31 octobre 1824
Dimanche 31 octobre 1824
Dimanche 31 octobre 1824
Dimanche 31 octobre 1824

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Sceaux 31 Octobre 1824

7 heures et demie du soir

Je ne pensais à t’écrire encore une petite fois que demain, mais le service de la poste ici se fait quelquefois si mal, que je prends la plume tout de suite pour que ma lettre soit mise à la boîte ce soir, je pense alors que ces lignes te parviendront, mon bon ami, quelques heures avant le moment où vous1 quitterez Amiens. Ta mère et ta sœur2 auront bien du chagrin de vous voir partir et pourtant il me semble que cette visite-là ne doit pas leur paraître aussi précipitée que bien d’autres fois, entre autre celle de l’année dernière. Les bonnes nouvelles que tu me donnes de ta sœur, m’ont causé une bien grande satisfaction. Ma Tante3 a reçu aujourd’hui à trois heures l’épître de son neveu Auguste4 qui lui a fait bien plaisir et à laquelle elle aurait répondu dit-elle si l’absence avait dû être plus longue. Je vois par cette lettre que Mme Duval5 s’est occupée de réunir à déjeuner des personnes qui pussent te faire plaisir. Il me semble que l’absence de M. Duval doit faire un bien drôle d’effet ; il me serait Je crois qu’il n’est guère arrivé que pendant tes voyages il ne fût pas à Amiens ; je présume que son retour doit être fort prochain maintenant.

Le soleil que je vous annonçais hier, m’a joué le tour de ne pas reparaître, ce qui m’a fort interloquée et contrariée, surtout à cause de vous ; Constant6 et son cousin7 qui avaient le désir de se promener à cheval, auront été et seront je pense dans le cas d’y renoncer. Pour nous, nous n’avons pas renoncé à notre visite à Chatenay, mais nous avons presque toujours eu un peu de pluie, pendant les deux routes. Nous en avons été dédommagées par l’aimable accueil des Dames que nous allions voir, qui nous ont demandé beaucoup demandé de tes nouvelles et de celles de nos fils ; Lesquels jeunes gens viendront je pense me trouver dans la journée du mercredi. Tu me feras dire je te prie si tu penses que je doive faire rentrer Auguste à sa pension dès le jeudi. Demain je fais prendre Henri pour quelques heures, si la pluie continue je ne sais trop comment il passera son temps, n’ayant point de cousin, nous tâcherons d’inventer quelque chose qui puisse le récréer.

J’ai su l’autre jour par les Dames Say que Mme Say de Nantes8, malgré toutes les exhortations qui lui ont été faites, partait pour Abbeville au lieu de retourner dans son ménage prétendant que son mari avait eu des torts avec elle et qu’il fallait bien l’en punir, elle a dit beaucoup de choses ridicules à ma cousine, et il parait que c’est par ses sœurs qu’elle est poussée à la sottise qu’elle fait. Elle partira sans que je lui aie fait une seule visite mais j’avoue que je m’en bats l’œil. Adieu mon très cher et bon ami, embrasse tes fils pour moi, et distribue mille choses aimables respectueuses et amicales autour de toi de ma part entre autre à Mme Duval que je remercie de tous les bons soins qu’elle a de vous.

Je t’embrasse tendrement.

A. Duméril

Je t’ai écrit vendredi et j’ai repris la plume hier samedi pour mes fils, je pense que ces deux lettres vous seront parvenues.

Danièle Poublan

Centre de recherches historiques, EHESS 190-198 avenue de France
F-75013 Paris