1792 |

1792-04

André Marie Constant Duméril

Jeudi 15 mars 1792

Lettre d’André Marie Constant Duméril (Rouen) à sa mère Rosalie Duval (Amiens)

Jeudi 15 mars 1792

Jeudi 15 mars 1792

N° 1

Maman

Il me tardait autant qu’à vous d’être sans nouvelles. J’attendais M. Legendre avec impatience, depuis la 1ère semaine de Carême, comme il me l’avait promis.

Rien de nouveau ici que le sacre de M. Gratien qui vient d’être élu évêque de ce département1 : la cérémonie se fait dimanche par devant l’évêque de l’Eure2, de l’Oise3 et Seine-et-Marne4. Le grand vicaire5, avec lequel je suis lié, et que je vois encore très souvent a eu beaucoup de voix, mais il était dans l’intention de refuser.

Le nombre des juges de paix est-il restreint à Amiens ? Je ne vois pas qu’il soit mention de M. Gossart dans le jugement que vous m’avez fait passer. Je me propose d’écrire à Papa6 ; mais si je ne le puis pas, je vous prie de vouloir bien faire mettre à la messagerie de Boulogne-sur-mer la boîte que j’adresse à Monsieur D’Eu7, naturaliste et directeur des fermes nationales à Boulogne-sur-mer. Je ne sais où elle loge : ce qu’il y a d’assuré c’est qu’il y en a une, car il m’a enseigné ce moyen. Croiriez-vous que je viens d’être obligé de faire rélargir mon habit bleu ? mon poignet est grossi à un point qu’il m’était de toute impossibilité de le mettre. La couleur qui n’avait pas vu la lumière est un peu plus bleue, cependant on peut encore le mettre. Surtout lorsqu’on n’est pas difficile ! Que je vous fasse ressouvenir que la culotte noire que j’ai, est la seule mettable que je possède et qu’elle est celle des dimanches et jours ouvrables, les trois autres me viennent sur les genoux. Je suis grandi au moins de deux pouces.

Je vous embrasse ainsi que Papa et toute le famille, votre fils Constant Duméril

à Rouen le 15 Mars 17918

P.S. Ayez soin de faire inscrire la boîte au bureau. Adieu derechef.

Notes

1 Le 12 juillet 1790 l’Assemblée Constituante vote la constitution civile du clergé : le nombre des évêchés est ramené de 134 à 83 (un par département) ; les 83 diocèses sont groupés en 10 « métropoles » ; métropolitains, évêques et curés sont élus ; les évêques ne reçoivent plus l’investiture spirituelle du pape mais du métropolitain. Le 27 novembre 1790, l’Assemblée décrète que les ecclésiastiques en fonction doivent prêter un serment civique de fidélité à la nation, à la loi et au roi ; tous les évêques, sauf 7, refusent de prêter serment et sont alors considérés comme démissionnaires.
2 Thomas Lindet (1743-1823), évêque constitutionnel de l'Eure depuis le 15 février1791.
3 Jean Baptiste Massieu (1743-1818), élu évêque constitutionnel du département de l'Oise le 21 février 1791.
4 Pierre Thuin, évêque constitutionnel, élu à Meaux le 27 février 1791.
6 François Jean Charles Duméril.
7 Louis Joseph Deu de Perthes.
8 Malgré cette mention, qui explique le n° 1 du classement par le copiste, la lettre date plus sûrement du 15 mars 1792. Plusieurs indices étayent cette datation en 1792 : le « sacre de M. Gratien » (élu évêque le 26 février 1792 et sacré le 18 mars dans la cathédrale de Rouen) ; l’adresse de M. Deu de Perthes qui vient de quitter Amiens pour Boulogne-sur-Mer ; la date du début de Carême (Pâques étant le 8 avril en 1792 et le 24 avril en 1791) ; l’allusion dans la lettre du 16 mars qui suit aux « affaires de Mme Thillaye », veuve depuis novembre 1791.

Notice bibliographique

D’après le livre des Lettres de Monsieur Constant Duméril, 1er volume, p. 38-39


Pour citer ce document

André Marie Constant Duméril, «Jeudi 15 mars 1792», correspondancefamiliale [En ligne], 1792, 1790-1799, Correspondance familiale,mis à jour le : 20/08/2009

Danièle Poublan

Cécile Dauphin

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