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Société Philomathique de Paris

La Société Philomathique de Paris est fondée en 1788 par six jeunes savants amateurs. Elle recrute 26 nouveaux membres jusqu'en juillet 1793, dont deux chimistes, Louis Nicolas Vauquelin et Armand Seguin, et le célèbre inventeur Claude Chappe.

André Marie Constant Duméril la décrit ainsi à son père : « Vous désirez savoir ce que c’est que la société Philomathique, dont je suis membre. c’est une espèce d’académie, établie à Paris depuis 1782. dont le titre signifie amateur de sciences. elle est extrêmement bien composée. Elle compte parmi ses membres les naturalistes les plus distingués, aucun excepté. Elle s’occupe de tout ce qui tient aux arts et aux sciences. le nombre des membres résidants est de 60. Je dois ma nomination à deux professeurs du Muséum d’Histoire Naturelle que je peux regarder comme mes amis les citoyens Cuvier et Geoffroy. » (25 novembre 1796).

La suppression de l'Académie royale des Sciences ordonnée par la Convention le 8 août 1793 amène à la Société Philomathique de Paris une vingtaine de membres nouveaux, dont Georges Cuvier, Deyeux, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, Hallé, Haüy, Lamarck, Pelletier, Richard, Vicq d'Azyr, des physico-mathématiciens (Lacroix, Laplace, Jean Baptiste Le Roy, Monge, Prony - frère aîné de Riche) et des chimistes (Berthollet, Darcet, Fourcroy, Lavoisier). Ils sont alors 56. Mais la situation politique réduit l’activité de la Société Philomathique au strict minimum, surtout lorsque son plus illustre membre, Lavoisier est arrêté et guillotiné en mai 1794, en même temps que la plupart des autres fermiers généraux.

en octobre 1795 la Société Philomathique est reconstituée dans le cadre de l'Institut national. Elle continue de recruter de nouveaux membres, tel le minéralogiste Haüy. En 1797 le nombre des membres de la Société Philomathique est fixé à 50. Chaque membre paye une cotisation et intervient régulièrement au cours des séances. Le recrutement, parmi d'abondantes candidatures, se fait par cooptation. Ce système de recrutement par cooptation favorise certaines disciplines - en particulier les sciences naturelles, la médecine, la chirurgie, la pharmacie et l'agronomie – au détriment des mathématiques pures et de l'astronomie. Patronné par Cuvier – entre autres - André Marie Constant Duméril entre à la société Philomathique en novembre 1796.

L'entrée progressive de nombreux membres liés professionnellement à d’autres établissements scientifiques prestigieux et le développement du Bulletin de la Société entraînent vers le début du siècle son essor rapide. En quelques années, l'entrée du chimiste Chaptal (1798), l'un des premiers disciples de Lavoisier, le retour de Laplace, les élections de Biot, Costaz, Thénard, Lancret, Poisson, Conté, Gay-Lussac, Hachette, Delaroche, Ampère, Girard, Malus, Arago, Chevreul, Puissant, Dulong et Cauchy font de la Société Philomathique de Paris l'un des centres de la vie scientifique si active de Paris à l'époque du Consulat et de l'Empire.

la Société Philomathique de Paris est considérée comme l'antichambre de l'Académie des Sciences – ce que rappelle Augustin Pyramus de Candolle, entré à la Société en juillet 1798, dans ses Mémoires et souvenirs1 : « Cette société était alors la pépinière de l'Académie des sciences et la commission était composée de ses membres les plus distingués ; je me trouvai dans cette petite réunion intime collègue de MM. Brongniart, Duméril, Cuvier, Biot, Lacroix et Sylvestre. Nous nous réunissions chez l'un de nous le samedi soir après la séance de la Société philomathique. Dans cette première époque nous y lisions et critiquions les morceaux destinés au Bulletin ; puis après le travail nous prenions du thé ensemble et causions avec intimité. A mesure que nous avons passé de l’état de célibataires à celui d’hommes mariés nous y avons introduit nos femmes ; puis nous avons cessé d’y lire nos extraits ; puis nous avons cessé même de faire le Bulletin et avons longtemps continué à nous réunir le samedi […] Cette réunion était composée d'amis intimes et de savants zélés pour la vérité. » Plus jeune que ses collègues, de Candolle remarque : « moins avancé qu’eux dans la science et dans la carrière des places qui était leur but commun et qui devint bientôt le mien quand étant marié je commençai à sentir l'utilité de l'argent dont je ne m'étais jamais douté jusque là. Leur exemple et leur conversation m'en inspira aussi le désir quoique auparavant je n’y eusse jamais songé : il est vrai de dire que s’ils m’en inspirèrent le goût ils me servaient aussi par leurs conseils et leur protection à le réaliser. J'ai appris dans cette société intime à connaître les hommes et les mobiles cachés de bien des choses. J'y ai aussi beaucoup appris d'histoire naturelle et je crois que sans cette position il m'eût été impossible de faire plus tard des cours de zoologie, science que j'ai à peine apprise hors de la conversation. J'ai vu éclore sous mes yeux et discuter entre amis éclairés tous les travaux de Cuvier, de Duméril, de Geoffroy, etc., et quand plus tard j'ai relu leurs ouvrages ils me faisaient l'effet de perpétuelles réminiscences. Cette réunion de gaîté, de commérage et d'instruction nous était très précieuse et nous n’y manquions presque jamais. »

Malgré son souci de discussion pluridisciplinaire, la Société Philomathique de Paris ne peut ignorer la spécialisation croissante du monde scientifique. En 1821 elle constitue sept sections et étend cette division au Bulletin de la Société dont sont responsables en particulier Fourier, Biot et Chevreul puis, en 1822, Francœur, Fresnel et Pelletier. Le Bulletin permet au chercheur de faire connaître ses découvertes et de marquer ainsi sa priorité.

[Pour compléter ces informations, consulter le site http://www.philomathique.org/]

Notes

1 Texte édité, avec des coupures, par son fils Augustin Pyramus de Candolle en 1862 et réédité intégralement par Jean-Daniel Candaux et Jean-Marc Drouin, 2004.

Notice bibliographique


Pour citer ce document

, «Société Philomathique de Paris», correspondancefamiliale [En ligne], Monographies, Compléments historiographiques, vie intellectuelle,mis à jour le : 06/12/2012

Danièle Poublan

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