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1815-02

Alphonsine Delaroche (épouse Duméril)

Dimanche 5 février 1815

Lettre d’Alphonsine Delaroche (Paris) à Pierre Fidèle Bretonneau (Chenonceaux), ami d’André Marie Constant Duméril

Paris, 5 février 1815

Monsieur,

Nous sommes si étonnés et si peinés de ne point recevoir de vos nouvelles, qu’il faut absolument que nous venions vous en demander ; mon mari1 ayant toujours très peu de temps, c’est moi qui prends la plume, et je le fais avec un grand plaisir, quoique je prévoie bien que cette lettre pourra peut-être vous rendre un peu honteux, car vous avez fait une grande faute à nos yeux en ne nous donnant point de nouvelles de votre voyage, de votre santé ainsi que de celle de Mme Bretonneau2. Vous l’aurez retrouvée, j’espère, très bien portante, ainsi que les autres habitants de votre maison. Les cinq ou six premiers jours qui ont suivi votre départ étant écoulés, nous avons espéré recevoir au moins quelques lignes de vous, pour nous dire : « Je suis arrivé en bonne santé, j’ai fait un très heureux voyage. » Non seulement nous ne les avons point reçues, mais depuis nous avons espéré tous les jours voir arriver de votre écriture, mais en vain. L’idée nous vient quelquefois que vous pourriez être malade, et puis nous la repoussons bien vite ; nous aimons bien mieux prévoir que ces lignes vous donneront quelques remords et que vous jouissez de la meilleure santé possible, dont vous profitez peut-être pour vous installer dans vos nouvelles fonctions. Nous espérons que vous nous direz en détail comment vous vous trouvez d’être à l’hôpital ; si vous êtes déjà un peu établi à Tours et comment vous vous y trouvez : je croirais fort que le regret de n’être plus tranquillement à Chenonceaux vous occupe encore plus que tout le reste.

Chez nous, tout le monde pense à vous, Constant3 comme les autres, et ma tante4, chaque fois qu’elle vient, demande si l’on a enfin de vos nouvelles. Nous sommes tous assez bien portants. Maman5 a eu sa santé assez dérangée pendant quelques jours par un accès de fièvre, mais elle est beaucoup mieux. Votre ami a repris un peu de rhume, mais point sa vilaine toux qui nous a tourmentés. Nos enfants6 sont parfaitement. Constant est souvent étourdi, mais toujours bon garçon et sensible, quelquefois appliqué ; j’espère que nous verrons venir un moment où il le sera habituellement. Auguste fait de bien légers progrès pour la parole, mais il en fait beaucoup dans la gentillesse de ses petites manières qui nous amusent tous les jours davantage ; il commence à développer un petit naturel charmant. Nous attendons aujourd’hui, pour quelques jours, notre jolie amie, Mlle de Carondelet ; nous comptons la mener au spectacle, entre autres à l’Opéra, où nous tâcherons de ne pas dormir.

Voilà bien assez de babil, il faut s’arrêter ; M. Duméril vous envoie mille tendresses. Votre bonne société lui manque beaucoup, ainsi qu’à nous tous. Recevez, Monsieur, les compliments très empressés de maman, ainsi que l’expression de l’affectueux dévouement de la compagne d’un de vos meilleurs amis.

P.S. M. Cloquet a enfin terminé sa thèse, il compte la soutenir incessamment7 ; s’il savait que je vous écris, il m’aurait sûrement chargée de ses amitiés pour vous. M. Guersant et sa famille se portent bien.

Notes

1 André Marie Constant Duméril.
2 Marie Thérèse Adam.
3 André Marie Constant Duméril.
4 Elisabeth Castanet.
5 Marie Castanet, veuve de Daniel Delaroche.
6 Louis Daniel Constant et Auguste Duméril.
7 Hippolyte Cloquet soutient sa Dissertation sur les odeurs, sur le sens et les organes de l'olfaction à la Faculté de médecine de Paris le 21 février 1815.

Notice bibliographique

D’après Triaire, Paul, Bretonneau et ses correspondants, Paris, Félix Alcan, 1892, volume I, p. 260-262. Cet ouvrage est numérisé par la Bibliothèque inter-universitaire de médecine (Paris)


Pour citer ce document

Alphonsine Delaroche (épouse Duméril), «Dimanche 5 février 1815», correspondancefamiliale [En ligne], Correspondance familiale, 1810-1819, 1815,mis à jour le : 28/09/2007

Danièle Poublan

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