1860 |

1860-08

Caroline Duméril (épouse Mertzdorff)

Mercredi 11 avril 1860 (B)

Lettre de Caroline Duméril, épouse de Charles Mertzdorff (Vieux-Thann) à ses parents Louis Daniel Constant et Félicité Duméril (Paris)

Mercredi 11 avril 1860 (B)

Mercredi 11 avril 1860 (B)

Vieux Thann

11 Avril 1860

Mes chers parents

Ayant quitté Colmar hier matin à 10 h. votre bonne lettre ne nous est parvenue que ce matin, et comme toujours nous avons été bien heureux en la recevant. Notre petit voyage1 s'est passé à merveille, je n'aurais jamais cru que Mimi2 s'en serait aussi bien accommodée ; elle a dormi presque tout le temps en chemin de fer ce qui me fait espérer que son sommeil sera fort bon en allant à Paris3 et qu'ainsi elle ne sera pas fatiguée. Vous comprenez combien cette chère enfant a été accueillie avec affection à Colmar où chacun se l'arrachait ; dans toute la famille on l'a trouvée extrêmement forte ; vu la chaleur qu'il fait toujours chez les Zaepffel4, je lui avais laissé les bras nus et ils ont causé l'admiration générale. Notre séjour a été très agréable quoique accompagné du temps le plus affreux du monde ; Lundi il y avait un grand dîner de famille, auquel l'oncle curé5 n'a malheureusement pas pu assister à cause d'une bronchite qui l'a rendu fort souffrant. Nous avons été très contents de Léon6, Charles et moi ; il était tout à fait bien causant comme il le fallait et n'étant nullement gênant, nous aimons le voir ainsi dans une bonne société. Il a mis à ce voyage beaucoup d'entrain ce qui nous a aussi fait beaucoup de plaisir. Quant à notre départ, je vous dirai que le jour qui était fixé est de nouveau indécis, Charles ne s'arrêtera à une décision qu'aujourd'hui à Mulhouse. Il a tant de choses en train ici, et on a fait tant de bêtises pendant les quelques moments qu'il s'est absenté qu'il redoute de partir et voudrait reculer autant que possible ce moment-là. Il n'y aurait en tous cas qu'un retard d'une huitaine de jours.

Les Zaepffel nous ont chargés de beaucoup de choses pour vous et toute la famille. Maman7 s'est très bien trouvée aussi de son voyage et n'en est nullement fatiguée.

Les Heuchel vont tout à fait bien, je crois que la lettre de Maman8 leur a fait beaucoup de plaisir mais je n'ai pas encore vu ma tante9. Les Henriet < >, hier quand Léon est allé à la leçon de danse, il a appris que M. Henriet souffrait toujours autant et que Mme Henriet10 était au lit ; quelle triste maison ! Je vais y aller cette après-midi.

Savez-vous que j'ai peur que vous fassiez des portraits par trop flattés de ma fille et qu'elle paraisse d'autant moins bien ; au reste elle a encore fait bien des progrès depuis votre départ11 et elle comprend maintenant tout ce qu'on dit.

Combien il est triste de voir cette faiblesse de bon-papa12 et comme cet état me paraît inquiétant, malgré le mieux dont vous nous parlez.

Je vous remercie des renseignements de M.< > ils me paraissent aussi rassurants. Je vous écrirai le jour positif que Charles aura choisi et alors je vous dirai ce qu'il faut pour Mimi mais je crois bien que j'emporte tout et que vous n'aurez pas grands préparatifs à faire ; je prendrai la biscotte. Adieu mes chers parents, tous les trois nous vous embrassons et vous envoyons nos plus tendres amitiés.

Votre fille

Crol

Demain j'aurai 24 ans et Dimanche Mimi aura 1 an

Faites je vous prie toutes mes amitiés à ces demoiselles Desnoyers13 et embrassez bien Adèle14.

Notes

1 Voyage à Colmar du samedi 7 au mardi 10 avril, chez Emilie Mertzdorff et son époux Edgar Zaepffel.
2 Marie Mertzdorff, fille de Caroline et Charles, âgée d’un an.
3 Un séjour à Paris est prévu en avril-mai.
4 Emilie Mertzdorff et son époux Edgar Zaepffel.
5 Bernard Heuchel, curé, est un oncle maternel de Charles Mertzdorff.
6 Léon Duméril, frère de Caroline.
7 Marie Anne Heuchel, veuve de Pierre Mertzdorff, belle-mère de Caroline.
8 Félicité Duméril.
9 Elisabeth Schirner, épouse de Georges Heuchel.
10 Célestine Billig, épouse de Louis Alexandre Henriet.
11 Louis Daniel Constant et Félicité Duméril ont séjourné à Vieux Thann en mars.
12 André Marie Constant Duméril.
13 Aglaé et Eugénie Desnoyers, amies.
14 Adèle Duméril, cousine.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer ce document

Caroline Duméril (épouse Mertzdorff), «Mercredi 11 avril 1860 (B)», correspondancefamiliale [En ligne], 1860-1869, Correspondance familiale, 1860,mis à jour le : 04/03/2011

Danièle Poublan

Centre de recherches historiques, EHESS 190-198 avenue de France
F-75013 Paris