1868 |

1868-39

Eugénie Desnoyers (épouse Mertzdorff)

Lundi 10 et mardi 11 août 1868

Lettre d’Eugénie Desnoyers (Villers-sur-mer) à son époux Charles Mertzdorff (Vieux-Thann)

Lundi 10 et mardi 11 août 1868

Lundi 10 et mardi 11 août 1868

Villers-sur-mer

Lundi soir

11h

Mon cher Charles,

Nous avons eu notre monde comme je te l’écrivais ce matin. Victorine1 a été très gentille ; elle comprend que je n’attende pas sa fille2 et que je rentre te trouver le plus tôt possible. Les Lafisse3 restent avec nous jusqu’à demain soir. Nous avons dîné dehors au grand contentement des enfants, c’était très bien ; chacun paraissait content, on m’a beaucoup parlé de toi. Nous sommes allés dans la journée au Casino. Nos fillettes4 ont eu le plaisir contemplatif, Emilie regardant tellement qu’elle oubliait de jouer et de manger. Elles dorment tout enfarinées car le grand soleil a encore fait pousser quelques boutons mais ce n’est rien et je suis très contente de la saison de bains.

Merci de ta bonne lettre reçue ce soir, puisque tu approuves notre programme il restera tel que je te l’ai tracé. Jeudi midi départ de Trouville, et Mardi soir départ de Paris pour Vieux-Thann. Va sois sûr que je n’ai pas plus envie que toi de prolonger mon absence ; pour nos fillettes, c’est suffisant, et je crois qu’Aglaé5 rentrera le 15, elle ne peut pas trouver de logement. Alphonse compte toujours nous venir en Alsace. Je te remercie de t’occuper de maman6, elle nous a écrit qu’elle allait mieux et partait samedi pour Montmorency.

Je suis contente que tu prennes tes bains et douches. Ne néglige pas, te voilà bien matinal dès 6h en bas, quel bon exemple. Pour le retour je ne pourrai pas avoir de wagon pour nous seules, n’ayant que 4 places. Si M. Ruot était à Paris, je le chargerais peut-être de voir si, sans le promettre (un wagon), on pourrait cependant nous faire passer de façon à être installées quand les voyageurs montent, il y aurait toujours plus de chance de n’avoir personne ou 2 seulement de façon à pouvoir encore coucher les enfants, ou bien prendre un coupé mais je ne pourrais pas garder Cécile7 avec nous. Ecris-moi ce que tu penses ?

Je voudrais bien que tu me répondes aussi au sujet de ce que je t’ai écrit pour la salle d’asile ? Où ça en est-il.

Adieu, mon chéri, ménage tes yeux, dors bien et pense à ta petite femme qui t’aime tant.

EM

Mardi 10h. Encore un bon petit bonjour ce matin.

Mon cher ami,

Tu as déjà pris ton bain et certainement fait beaucoup d’autres choses, moi je n’ai rien fait du tout, il pleut, je ne sais pas si nous pourrons faire notre promenade, le ciel et la mer ont la même teinte grise. Il faisait si chaud cette nuit que j’ai fait toutes sortes de mauvais rêves, les uns se noyaient, les autres ne revenaient pas, enfin, ce matin au grand jour, tout le monde va bien.

Quel malheur pour ton Italien8.

Adieu, mon Charles, soigne-toi bien et pense toujours à nous. fillettes et maman t’embrassent bien fort.

ta Nie

Alphonse pêche la crevette avec un parapluie. Marie et Emilie jouent avec petit Jean9 qu’elles ont dressé à leurs jeux. Ecris-moi si tu vois quelque chose à faire à Paris pour moi.

J’écris à bonne-maman Duméril10.

De bonnes amitiés autour de toi.

Notes

1 Victorine Duvergier de Hauranne, épouse de Paul Louis Target.
2 Cécile Target.
3 Constance Prévost et son époux Claude Louis Lafisse.
4 Emilie et Marie Mertzdorff.
5 Aglaé Desnoyers, épouse d’Alphonse Milne-Edwards.
6 Jeanne Target, épouse de Jules Desnoyers.
7 Cécile, bonne des petites Mertzdorff.
8 Pierre Trentini, maçon victime d’un accident du travail.
9 Jean Dumas.
10 Félicité Duméril, épouse de Louis Daniel Constant Duméril.

Notice bibliographique

D’après l’original.


Pour citer ce document

Eugénie Desnoyers (épouse Mertzdorff), «Lundi 10 et mardi 11 août 1868», correspondancefamiliale [En ligne], Correspondance familiale, 1860-1869, 1868,mis à jour le : 24/01/2013

Danièle Poublan

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